La mode jetable : les limites du pas cher

Le 24 avril 2013, un immeuble au Bangladesh s’est effondré, faisant au moins 1127 morts. Il n’était ni habilité pour supporter le matériel de confection textile ni autant d’ouvriers. Quand les étiquettes de Carrefour et Camaïeu ont été retrouvées dans les décombres, la France a pris conscience des conséquences dévastatrices d’une production à moindre coût.

La mode jetable est-elle vraiment à jeter ?

Si on examine de plus près ce qu’on appelle la mode jetable qui provient des chaines de mode femmes, hommes et enfants, on s’aperçoit qu’elle n’est pas moins bien que les autres – du moins dans les grandes lignes.

Arguments pour la mode jetable :

  • La longévité des produits : certains articles durent des années comme les basiques de Zara ou H&M.
  • La qualité : entre nous, une robe Zara n’est pas pire qu’une robe Sandro. Une marque qui se positionne haut de gamme vend ses produits chers pour susciter l’envie. Le prix est un argument marketing qui ne reflète pas forcément la qualité des matières premières et de la confection.
  • La copie n’est pas systématique : certaines marques développent des partenariats avec des créateurs, comme H&M par exemple qui a récemment fait un partenariat avec Jimmy Cho ou Isabel Marant.
  • L’accessibilité : les prix sont inférieurs aux « grandes marques » et permettent à tout le monde de s’offrir de quoi se vêtir « in » ou classique.
  • Des revenus pour le Tiers Monde : après tout, les travailleurs gagnent leur croute avec les vêtements qu’on achète, non ?

Ces avantages existent uniquement parce qu’ils sont le pendant de conséquences négatives.

La mode jetable : les limites écologiques et sociales

Les effets pervers de la globalisation sont connus de tous. La course aux bénéfices a entrainé la délocalisation des sites de productions, la réduction des coûts de production par des économies d’échelles et des techniques de fabrication peu scrupuleuses. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et la crémière.

La pollution

La mode jetable entraîne une pollution massive des sols, des cours d’eau et des nappes phréatiques notamment à cause des produits chimiques issus du traitement des tissus. « Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d’eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques », explique Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace au sujet de villes de production textile en Chine.

A Gurao, la ville du soutien-gorge, la rivière est impropre à la consommation, à la lessive et ne contient plus aucun poisson. En parallèle, l’air est aussi extrêmement toxique, chargé des fumées produites par l’incinération des ordures en extérieur.

Les mauvaises conditions de travail

Là-bas, ni SMIC, ni chaise de bureau ergonomique. Qu’il soit entassé dans des petits locaux sans fenêtres ou des usines monstrueuses, le personnel est sous-payé et gagne le plus souvent moins d’un euro par jour en moyenne.

Le travail des enfants est largement utilisé pour effectuer les petits travaux. A titre d’exemple, à Xintang, un jeune garçon coupe les fils qui dépassent des jeans à longueur de journée, il gagne 0,15 yuan (1,5 centime) par jour.

Dangers sur la santé

Pour les travailleurs au contact de teintures ou produits utilisés pour délaver les jeans par exemple, les conséquences sur la santé sont catastrophiques (problèmes d’infertilité et graves difficultés respiratoires).

Pour les consommateurs, les réactions allergènes font légions avec les produits « made in China » de type eczéma. La faute aux teintures utilisées qui contiennent des substances hautement irritantes.

Réaction à la mode jetable : la mode éco-responsable

Malgré un contexte de crise, certaines personnes sont prêtes à dépenser plus pour participer à un effort global de nettoyage des pratiques dans l’industrie textile.

Quelques mouvements anti mode jetable :

  • Le commerce équitable : il repose sur des relations commerciales durables entre les producteurs, les ouvriers et les acheteurs pour garantir à chaque maillon de la chaine un revenu décent.
  • Le commerce éthique : il veille au respect des conditions de travail.
  • Le commerce biologique : il défend la production de produits sans l’utilisation de produits chimiques et dangereux pour la planète (faune et flore) et la santé.

Comment lutter contre la mode jetable ?

  • Refuser les « made in China », « made in Bangladesh » et compagnie
  • Accepter de payer parfois plus
  • Chercher le label bio comme « confiance textile »
  • Chercher le label de textile équitable comme « Max Havelaar »

La mode jetable a ses avantages mais ses inconvénients semblent être bien plus nombreux. Si elle permet de nourrir les travailleurs pauvres, elle les tue et détruit leur lieu de vie tandis qu’ici on s’achète une robe pour la soirée. Plus il y aura de consommateurs qui se tourneront vers la mode éco-responsable, plus celle-ci pourra se développer. Il en est de la responsabilité de tous.