Les talons aiguilles : entre souffrance et élégance

C’est la seule chaussure à être physiquement douloureuse, et pourtant, elle a persisté à travers les siècles. Les talons aiguilles semblent ne jamais vouloir passer la main (ou le pied), gravés dans l’imaginaire comme les souliers indispensables venant couronner une tenue vestimentaire parfaite. Loin du style androgyne qui s’impose parfois chez les femmes, ils symbolisent encore et toujours une féminité affirmée. Malgré leur réputation d’accessoires de torture.

Des talons aiguilles dans une botte de foin

Que serait le strip-tease de Kim Basinger dans 9 semaines ½ sans talons aiguilles ? Que serait la danse sexy de Jamie Lee Curtis dans True Lies sans ces fameux accessoires que l’imaginaire lie volontiers à l’érotisme ? Métaphore absolue de la femme dans toute sa splendeur, élégante et attirante, le talon haut continue de fasciner… et de se gonfler de symboles.

Talon meurtrier – c’est le titre d’une exposition qui s’est tenue au musée de Brooklyn, Killer Heels: The Art of the High-Heeled Shoe (« Talons assassins : l’art de la chaussure à talon haut »). Ou mémoriel : le bruit des talons aiguilles sur le sol, c’est le seul souvenir que Rebeca garde de sa mère dans Talons aiguilles de Pedro Almodovar (« Tacones lejanos », en espagnol, veut dire aussi « talons éloignés »).

Alors, accessoire profondément féminin ou objet de torture, le talon haut ? Pour Christian Louboutin, le concept de confort ne peut pas exister dans la création. Mettre un soulier, c’est comme vivre une relation amoureuse : il faut rechercher l’éclat, pas l’agrément, car celui-ci serait synonyme d’ennui. Quitte à souffrir un peu (beaucoup) sur le chemin.

Ces femmes, quel talon !

Bien qu’elle se paie au prix fort (une bonne grappe d’ampoules aux pieds la nuit venue), l’allure conférée par des talons aiguilles a quelque chose de divin. Sur cette page, les femmes témoignent de leur expérience, et expliquent pourquoi elles aiment à (et continuent de) porter des talons hauts.

Voici ce qu’on peut en retenir : « hauts » ou « bas » (de 25 cm à 5 cm et moins), les talons hauts obligent les femmes s’ancrer dans leur corps, à l’éprouver en prise directe. Elles se tiennent ainsi plus droites et se forcent à adopter une démarche différente, plus svelte, plus suave. Le mental, lui, se perche aussi haut que le talon : elles se sentent plus combatives, entreprenantes.

En d’autres termes, le haut talon serait comme une sorte de trophée, remporté après une longue bataille sur les mœurs, et qu’il est désormais de bon ton d’afficher en public parce qu’il force l’admiration tout en développant sa confiance en soi. Il serait le résultat d’une longue et sinusoïdale histoire.

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Des talons aux talons aiguilles

Les chaussures à talons furent d’abord portées par des hommes (Xe siècle) : les cavaliers perses attachaient ainsi leurs pieds aux étriers des chevaux. Synonymes de rang social élevé, elles furent aussi adoptées par les femmes de l’aristocratie. Il n’y a alors pas de distinction générique : sur son portrait officiel, peint par Hyacinthe Rigaud, on voit Louis XIV chaussé de talons.

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que les femmes s’approprient cet accessoire pour leur usage exclusif. Le talon est mis de côté après la Révolution, comme symbole de superficialité, et ne reviendra que bien plus tard par le biais de la pornographie, qui l’a remis à la mode plus sûrement que le stylisme.

Portés par les pin-up dont les photographies circulent notamment aux mains des soldats de la Seconde Guerre mondiale, les talons aiguilles, longs et effilés, allongent démesurément les jambes des demoiselles en petite tenue, et deviennent un accessoire érotique. Dès les années 1800, les dessins fétichistes s’en servaient comme symboles sexuels.

Au milieu du XXe siècle, les talons aiguilles se popularisent. Exit le sous-texte sexuel : on parle désormais de « stiletto » et ils sont adoptés par toutes les catégories sociales. Les vedettes du cinéma contribuent à les rendre à la fois chics et sexy : Ava Gardner ou Marilyn Monroe en font un usage sans limites.

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Talons d’Achille

Néanmoins, les talons aiguilles ne sont pas aimés de toutes et tous, loin de là. Le « stiletto » a laissé des traces dans l’histoire, et pas seulement parce qu’il était un objet éminemment érotique. Les critiques du talon haut resurgissent dans les années 60 dans de nombreux domaines :

  • Les féministes le rejettent comme stéréotype sexuel et objet de torture, symbole de domination des hommes sur les femmes (sur le mode : « t’as pas intérêt à sortir sans tes talons aiguilles ! ») ;
  • Les bien-pensants le rejettent comme icône fétichiste, objet de perversion sadomasochiste (une optique que l’on retrouve volontiers dans certains films de Luis Buñuel, qui aimait beaucoup les pieds) ;
  • Certains lieux publics l’interdisent purement et simplement parce qu’il cause des dégâts sur les sols, du fait de l’insertion d’une tige de métal ou de plastique dur dans le talon pour le renforcer.

L’argument principal reste la difficulté : porter des talons aiguilles, c’est infiniment douloureux. Vous trouverez ici quelques conseils pour bien vous y faire. Que vous soyez homme ou femme, d’ailleurs : l’important n’est-il pas de trouver chaussure à son pied ?

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